Contrat de prestation de services : les clauses qui protègent le freelance
Un contrat de prestation ne sert presque à rien le jour de la signature. Il sert le jour où le client conteste une livraison, paie en retard ou réutilise votre travail sans l'avoir réglé. Voici ce qu'il doit dire pour tenir ce jour-là.
Mis à jour le 23/09/2026 · sources : Legifrance
Contrat, CGV, devis : trois documents, trois rôles
Le contrat de prestation est bilatéral : il est négocié et signé par les deux parties pour une mission précise. Les conditions générales de vente sont unilatérales : ce sont vos règles, communiquées à tout client, qui s'appliquent à défaut d'accord particulier. Le devis, enfin, fixe le prix, le périmètre et le délai ; signé « bon pour accord », il vaut déjà contrat.
Pour une petite mission, un devis signé et vos CGV suffisent souvent. Dès que la mission dure plusieurs semaines, porte sur une œuvre (code, visuel, texte, photo) ou implique des données du client, le contrat devient la pièce qui compte : c'est lui qui prime sur les CGV en cas de contradiction.
Les dix clauses, et ce qu'elles doivent vraiment dire
- Les parties. Votre identité complète : nom suivi de la mention « EI » si vous êtes entrepreneur individuel (obligatoire depuis mai 2022), SIRET, adresse, et « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » si vous êtes en franchise.
- L'objet et le périmètre. Ce qui est inclus, et surtout ce qui ne l'est pas. La majorité des litiges naissent d'une demande « en plus » que le contrat ne tranche pas. Un cahier des charges en annexe règle la question.
- Le prix et l'acompte. Montant, acompte à la commande (30 % est courant), échéancier par jalons pour une mission longue.
- Le délai de paiement. 30 jours après la prestation à défaut d'accord ; au maximum 60 jours à compter de la facture, ou 45 jours fin de mois (art. L441-10 du Code de commerce).
- Les pénalités de retard et l'indemnité de 40 €. Obligatoires entre professionnels, elles doivent figurer au contrat, sur les CGV et sur chaque facture. Le calcul est détaillé ici.
- La recette. Un délai pour formuler des réserves (8 jours, par exemple), au-delà duquel la livraison est acceptée. Sans elle, le client peut contester une livraison des mois plus tard.
- La propriété intellectuelle. Rien n'est cédé sans écrit : chaque droit cédé doit être mentionné et délimité (art. L131-3 du CPI). Conditionner la cession au paiement intégral est votre meilleure garantie. Comment rédiger la cession.
- La responsabilité. Avec un client professionnel, vous pouvez la plafonner (au montant de la mission) et exclure les dommages indirects. Avec un particulier, c'est interdit.
- La résiliation. Qui peut rompre, avec quel préavis, et ce qui reste dû : le travail réalisé, et l'acompte à hauteur de ce travail.
- Les litiges. Attention à la clause qui désigne « votre » tribunal : elle n'est valable que si les deux parties sont commerçantes (art. 48 du Code de procédure civile). Un micro-entrepreneur en activité libérale ne l'est pas.
Client professionnel ou particulier : deux contrats différents
Face à un particulier, le Code de la consommation s'impose : prix affiché TTC, information précontractuelle (art. L111-1), droit de rétractation de 14 jours pour un contrat conclu à distance ou hors de vos locaux (art. L221-18), coordonnées d'un médiateur de la consommation (art. L616-1), et aucune limitation de responsabilité. Si la mission commence avant la fin des 14 jours, il faut la demande expresse du client, recueillie par écrit.
Face à un professionnel, ces règles tombent en principe — sauf une exception souvent ignorée : l'artisan ou la TPE de cinq salariés au plus, démarché hors établissement pour une prestation étrangère à son métier (un site web pour une boulangerie, typiquement), bénéficie lui aussi des 14 jours de rétractation (art. L221-3).
Ce qu'un contrat ne peut pas faire
Il ne transforme pas une relation salariée en prestation. La clause « le prestataire est indépendant » est déclarative : si, dans les faits, le client fixe vos horaires, vous donne des ordres et contrôle votre travail comme un manager, le juge requalifie. Les indices qui déclenchent une requalification.
Questions fréquentes
Un contrat de prestation est-il obligatoire ?
Non, un devis accepté suffit juridiquement à former le contrat. Mais sans écrit détaillé, vous ne pourrez prouver ni le périmètre, ni la cession de droits, ni les pénalités de retard — qui doivent être stipulées.
Faut-il signer le contrat à la main ?
Non. Une signature électronique simple (outil de signature, voire un échange d'e-mails clair) est admise comme preuve (art. 1366 et 1367 du Code civil). Pour un enjeu important, un outil de signature électronique qui horodate vaut mieux qu'un PDF renvoyé.
Contrat et CGV se contredisent : lequel s'applique ?
Le contrat. Les conditions particulières priment sur les conditions générales (art. 1119 du Code civil). C'est pour cela que le contrat renvoie aux CGV pour tout ce qu'il ne règle pas.
Modèle indicatif à personnaliser — ne constitue pas un conseil juridique. Faites valider par un professionnel pour un enjeu important.